91³ÉÈË

Passer au contenu

91³ÉÈË

Le prsentiel : au-delà du nologisme

L’exprience de la pandmie nous force à rflchir à la relle plus-value de l’enseignement donn en classe, sans mdiation numrique.

³¢±ðÌý:
¶Ù²¹²Ô²õÌý: Blogue

Il y a quelques semaines, j’ai assist au spectacle de Florence and the Machine, un groupe de musique indie rock qui lançait sa tourne mondiale dans un grand amphithâtre près de 91³ÉÈË. Je vois d’ici votre sourire moqueur et je vous entends : « Mais qu’est-ce que tu faisais là, vieux papi de 62 ans, au milieu de cette foule jeune et bigarre? » Et je rpondrai que, inconditionnel de Florence Welch, mais incognito, je faisais exactement comme toutes les autres personnes dans l’auditoire. La joie et l’exaltation taient partages galement entre nous tous. D’ailleurs, je n’tais pas le seul sexagnaire dans la salle à sautiller les mains dans les airs et le sourire accroch au visage.

 

Ladite Florence est une personne extraordinairement charismatique, et son spectacle offre un formidable cas de figure pour la psychologie des foules. Je ne m’aventurerai pas sur ce terrain, n’ayant aucune expertise à cet gard. Cela dit, je constate mon grand plaisir à vivre ces manifestations culturelles « en prsentiel ». J’ai ressenti des motions analogues lors de concerts de l’Orchestre symphonique de 91³ÉÈË ou encore au thâtre. Et aussi, parfois, dans la classe de quelques professeurs particulièrement loquents. Le sentiment de vivre quelque chose de profondment humain en même temps que les autres ou peut-être au même rythme que les autres. Un certain effacement de soi au profit d’une vibration partage ou d’une indicible communion des esprits.

 

Trêve de psycho-pop. Ma soire à l’amphithâtre Bell m’a amen à rflchir à l’enseignement en prsentiel. Depuis mon entre en fonction, qui a coïncid avec les heures les plus sombres de la pandmie de COVID-19, j’ai rpt à maintes reprises que je ne prsiderais pas à la dmatrialisation de l’91³ÉÈË. Que je croyais par-dessus tout aux vertus de l’interaction humaine sur nos campus. Que si nous pouvions voir plusieurs avantages à un recours organis et rflchi à la technologie qui permet l’apprentissage à distance, le cÅ“ur de nos programmes continuerait de battre en prsentiel. Je continue de le croire, mais c’est une foi, disons, aveugle qui m’anime. Je crois au prsentiel parce que j’aime le prsentiel. Mais puisqu’on a fait la preuve pendant deux ans que l’apprentissage à distance, lorsqu’il est bien structur, donne de très bons rsultats, il faudra bien dpasser la ptition de principe qui valorise l’enseignement en chair et en os.

 

Plus prcisment, l’exprience de la pandmie nous impose de rflchir à ce qui devrait se passer en classe quand tout le monde est là et à la plus-value qu’on pourrait associer indiscutablement à ces rencontres sans mdiation numrique. Je propose de tirer quelques constats, qui peuvent être dbattus.

 

D’abord, on ne devrait faire en classe que ce qu’on ne peut pas faire autrement, dans un autre cadre ou sur une autre plateforme. La transmission unilatrale d’informations à un auditoire passif, par exemple, non merci. Ensuite, contrairement aux arts de la scène, il ne suffit pas de possder un grand charisme pour justifier que tout un groupe se dplace pour nous entendre. D’ailleurs, l’inverse est tout aussi vrai. Les profs qui n’ont pas l’aura d’une vedette du rock peuvent nanmoins se montrer très efficaces en classe. Enfin, j’ose avancer qu’une large part des gains attachs au prsentiel rside dans l’exprience partage, de manière explicite ou implicite. Les tudiants et les tudiantes apprennent les uns des autres. Les questions que posent les uns peuvent rassurer les autres quant à leur niveau de comprhension ou encore ouvrir des horizons que le professeur n’avait pas anticips. C’est sans doute possible dans un cours en ligne. Mais à mon sens, la prsence de tous dans un même lieu favorise une dynamique où chacun est responsable de l’apprentissage commun tout autant que de son propre apprentissage. Encore faut-il pouvoir instaurer cette dynamique.

 

J’aime beaucoup l’ide qu’on puisse amliorer l’exprience tudiante en gardant en tête les fameux quatre « P » : des projets, mens avec les pairs, sur des enjeux dont la pertinence allume la passion de ceux et celles qui veulent apprendre. J’ai souvent trouv là de bonnes rponses à la question qui devrait tarauder dsormais chaque prof : qu’est-ce qui justifie que je fasse dplacer tout ce beau monde pour qu’il vienne s’asseoir sur une chaise dans un local anonyme au milieu du campus?

 

J’ai sans doute crois plusieurs de nos tudiants et de nos tudiantes au spectacle de Florence and the Machine. Des personnes pleines de vitalit, d’nergie, de crativit. Pleines d’espoirs, aussi. Qui ne voudrait pas leur donner de bonnes raisons de passer du temps avec nous sur nos campus?

 

Daniel Jutras

Vous voulez poursuivre la discussion? Ã‰³¦°ù¾±±¹±ð³ú-³¾´Ç¾±.