Monsieur le Premier Ministre,
Je vous cris pour vous demander de considrer le financement public des universits qubcoises comme un investissement essentiel à l’avenir de notre socit et non comme une dpense compressible à court terme.
Je reformule ma demande dans le langage de la mdecine qui nous est familier à tous les deuxÌý: de grâce ne prescrivez pas aux universits un remède pire que le mal que vous voulez traiter et qui risque de les affaiblir pour longtemps.
À vouloir mener l’exercice de rduction des dpenses publiques aussi fermement et aussi rapidement, votre gouvernement sème l’incertitude, braque la population et met en pril la capacit de nos organisations publiques à remplir leur mission.
Or, rien ne justifie en ce moment un chancier aussi serr pour l’atteinte du dficit zro. En coupant trop et trop rapidement, vous creuserez un autre dficit, ducationnel celui-là , que notre socit mettra des dcennies à combler. Votre objectif est pourtant de lguer un Qubec prospère aux gnrations qui nous suivent. Pour y parvenir, il faudra des universits en sant.
Instable et prcipit
La semaine dernière, les universits apprenaient de leur ministère qu’elles seraient frappes d’une nouvelle vague de compressions. Encore. Depuis trois ans, nous sommes passs d’un consensus sur le besoin de rinvestir en enseignement suprieur à des compressions à rptition. Au dernier dcompte, pour l’91³ÉÈË, l’ensemble des coupes et des promesses non tenues correspond à plus de 10Ìý% du financement public de notre budget de fonctionnement.
Avec ces compressions, vous confortez les populistes qui ne voient dans nos tablissements que des organisations ayant beaucoup de marge de manœuvre. Nos tablissements sont, au contraire, remarquablement performants. Ils russissent à former les citoyens comptents dont le Qubec a besoin, selon les standards les plus levs et malgr les moyens modestes dont ils disposent en comparaison avec leurs homologues canadiens.
Les compressions qui nous sont imposes atteignent la qualit et la quantit des formations, de la recherche et des services que nous pouvons offrir. Elles affectent galement notre capacit à jouer notre rôle en matière d’innovation et d’attraction des talents internationaux.
Compressions ne rime pas avec solution
En ce moment, j’ai la pnible impression que le remède est unique, quel que soit le malÌý: la compression. Pas de celle qu’on applique pour soulager une blessure superficielle mais plutôt celle qu’on applique après amputation.
Asphyxier les universits, c’est dtriorer le tissu social. Quand on dvalue nos diplômes, c’est la qualit des services à la population qui est compromise. Quand on retire des moyens aux professeurs, c’est la transmission du savoir qu’on met en pril, et quand on ferme des laboratoires, c’est le potentiel d’innovation qu’on perd.
En somme, c’est la biodiversit de la connaissance qui perd au change. Quand la connaissance n’avance pas, c’est l’ensemble de la socit qui subit le recul. Monsieur le Premier Ministre, faites que ce jour-là n’arrive jamais.
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Dr Guy Breton
Recteur
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Paru dans La Presse.