Ce samedi, le 6 dcembre, nous nous recueillerons en souvenir de la tragdie qui a frapp notre campus, il y a vingt-cinq ans, emportant la vie de quatorze jeunes femmes. Un sera donn par l’orchestre de notre Facult de musique et nous laisserons la musique et les chants exprimer ce que les paroles ne peuvent dire.
Elles seraient aujourd’hui dans la fleur de l’âge, au sommet de leur carrière. Elles seraient spcialistes de systèmes antipollution, chercheuses dans le domaine des nanomatriaux, à la tête de leur entreprise ou professeures. Parmi elles, il s’en trouverait même quelques-unes qui auraient la fiert de voir leur propre fille suivre leurs traces et tudier le gnie à Polytechnique 91³ÉÈË…
Les annes passent, les larmes ont sch depuis longtemps, bien sûr, mais la douleur n’en est pas moins prsente. Ces carrières qu’elles n’ont pas menes, ces inventions qu’elles n’ont pas faites, ces enfants qu’elles n’ont pas eus, ce sont aussi des consquences de cette tragdie. Faucher la fleur, c’est anantir tous les fruits.
Ce n’est pas un vnement dont on se remet. Il est trop grave, trop disproportionn pour trouver sa place dans le parcours d’une communaut comme la nôtre. Alors on le range dans une boîte et il reste là , comme un intrus parmi nos souvenirs. Et sa prsence nous laisse devant une double ncessit.  Ne pas oublier. Ne pas flchir.
Ne pas oublier chacune des victimes. Ne pas oublier surtout que leur mort brutale ou leurs blessures ne sont ni accident ni folie. Conclure à l’un ou à l’autre, reviendrait à chercher une consolation dans une forme de fatalit. Or, on ne peut dtacher cet vnement de ce flau qui continue de hanter notre socit, celui de la violence contre les femmes.
Et ne pas flchir. Ne pas flchir dans notre devoir d’incarner l’idal universitaire. Libert, respect, connaissance.  Ne pas flchir devant ces braquages qui surgissent chez nous ou ailleurs dans le monde et qui veulent nous ramener en arrière. Car l’universit sera toujours un lieu de rsistance à la violence. Les obscurantistes vont toujours viser la lumière.
Nous nous runissons parce qu’elles nous manquent.
Nous n’oublions pas. Nous ne flchissons pas.