
Donner des ailes
Josianne Robert
Professeure au Dpartement de psychopdagogie et d’andragogie
Facult des sciences de l’ducation
Après un baccalaurat en adaptation scolaire, j’ai dcid de poursuivre mes tudes à la maîtrise et, en parallèle, je travaillais comme orthopdagogue en clinique prive. Ma philosophie a toujours t d’apprendre aux lèves à devenir autonomes et à voler de leurs propres ailes, plutôt que d’être une bquille pour eux. Au doctorat, je me suis intresse à l’autodtermination des tudiantes et tudiants en situation de handicap : leur laisser la possibilit de faire leurs propres choix, de se responsabiliser face à leur handicap et de contribuer à la socit.
Comment en êtes-vous venue à vous pencher sur cet aspect du handicap?
Au cours des dernières annes, les universits ont vu apparaître une population tudiante caractrise par le trouble dficitaire de l’attention, des troubles d’apprentissage, le trouble du spectre de l’autisme et des enjeux de sant mentale. Contrairement aux dficiences physiques, ces handicaps sont invisibles. Ces jeunes ne sont pas toujours pris au srieux lorsqu’ils bnficient d’accommodements, surtout s’ils russissent. Ils peuvent galement se sentir jugs parce qu’on leur accorde plus de temps ou un local spar pour faire leurs examens. Ils nous ont fait prendre conscience des limites de l’approche catgorielle, mais aussi des accommodements. Les pratiques inclusives se sont avres plus positives et non stigmatisantes.
En quoi consiste la pdagogie inclusive?
Il s’agit d’offrir diffrentes modalits d’apprentissage et d’valuation qui rpondent aux besoins diversifis de tous. Par exemple, pour un examen, on pourrait laisser plus de temps à tous les tudiants et tudiantes, leur donner la possibilit de choisir parmi une slection de questions ou encore d’y rpondre par crit ou d’enregistrer oralement leurs rponses. Chaque personne peut opter pour la mthode qui facilite ses apprentissages et lui permet de dvelopper son plein potentiel.
Quels sont les avantages pour les tudiants et les tudiantes?
Actuellement, pour bnficier d’accommodements, il faut obtenir un diagnostic d’un professionnel reconnu par l’Universit, ce qui reprsente des coûts supplmentaires. Sans compter la justification auprès du personnel enseignant. Dans le cas d’un handicap invisible, il arrive qu’on ne croie pas la personne ou qu’on mette en doute son diagnostic. L’approche inclusive viterait ce genre d’obstacles.
Et pour le corps enseignant?
Lorsqu’on a une classe de 150 ou de 300 personnes et que 10 % d’entre elles bnficient d’un accommodement, c’est beaucoup de suivis! Il faut, par exemple, planifier diffrents examens et remettre les questions à l’avance. Avec l’approche inclusive, on s’vite toute cette gestion individuelle. Évidemment, les besoins varient d’une classe à l’autre, il faut donc être flexible et bien connaître ses groupes.
Pourquoi l’autodtermination des tudiants et tudiantes en situation de handicap est-elle importante?
Il me semble qu’on n’entend pas suffisamment leur voix. On ne les questionne pas sur ce qu’ils veulent et ce qu’ils ne veulent pas. Ce sont des humains qui ont le droit de prendre des dcisions et d’avoir le contrôle sur leur vie. Pour moi, c’est primordial de leur donner la parole, mais galement de les laisser faire leurs propres choix. Je veux leur donner les outils pour qu’ils puissent dvelopper leur autonomie, s’panouir et contribuer à la socit. Je veux leur donner des ailes!