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Libert d’expression : une rflexion collective à mener

Le recteur partage ses rflexions sur la libert d’expression en milieu universitaire et invite la communaut à une discussion ouverte et sereine sur le sujet.

Tour de l'91³ÉÈË, Pavillon Roger Gaudry.
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Chers et chères membres de la communaut universitaire,

Depuis quelques semaines, l’universit est dans la tourmente. On s’inquiète de ses valeurs, de la vitalit de son idal de libert et de sa capacit à instruire ainsi qu’à penser le monde de manière plurielle. Son courage et sa bienveillance sont tour à tour valus. On l’accuse, on la juge, on la condamne. Les protagonistes s’agitent, s’affrontent et s’insultent. Les mdias s’chauffent, les tweets s’coulent en continu et les acteurs politiques s’insurgent. Une fois de plus, d’aucuns proposent d’encadrer l’universit, de l’astreindre à des règles, de lui imposer des façons de faire qui menaceraient ce qu’elle a de plus prcieux : son autonomie.

Le dbat sur la libert d’expression à l’universit et sur le respect de la dignit des individus et des collectivits qui la composent s’est enlis dans des affrontements sans nuances. Il est devenu difficile d’aborder ces questions sous l’angle serein attendu des universitaires. Conscient de ma propre identit et de la perspective comme des privilèges qu’elle me confère, je m’efforce d’observer, d’couter, de m’informer, de rassembler les faits, de soupeser les enjeux, de remettre en question mes propres biais et de poser un regard critique et rflexif sur les solutions qu’on me propose.

J’aimerais vous inviter à me suivre dans cette dmarche qui, je crois, caractrise la vie universitaire. Le temps est venu pour l’91³ÉÈË d’engager une conversation libre, ouverte, respectueuse et pluraliste sur le sens de ses valeurs fondamentales de libert d’expression, de libre discours, de pense critique, d’accueil de l’altrit et de respect de la dignit. Comment les dfinissons-nous collectivement? Comment leur donnons-nous corps dans nos pratiques d’enseignement, de recherche mais aussi de socialisation sur nos campus? Au cours des prochaines semaines, des prochains mois, je convierai notre communaut à rflchir à ces enjeux qui nous concernent tous et toutes. Je compte amorcer cette conversation dès la sance de l’Assemble universitaire du 2 novembre.

Ces derniers jours, j’ai t invit à prendre position dans le dbat actuel à diffrentes reprises. J’hsite à le faire. J’ai des convictions, bien entendu. Elles m’appartiennent. En les nonçant, je ne parle pas au nom de l’Universit. Mais je ne suis pas dupe : mon statut de recteur leur confère indniablement une porte qui dpasse ma personne. Conscient de ce risque, je pose nanmoins aujourd’hui les premiers mots d’une conversation que je souhaite entamer et nourrir avec vous dans un avenir proche.

J’aimerais commencer par aborder les enjeux qui nous occupent à partir de mon exprience de professeur. Comme tel, il me semble clair que ma responsabilit commence par la construction d’une relation de confiance avec les tudiantes et les tudiants qui partagent la salle de cours. Par mon intermdiaire, et celui d’autres, ils et elles accèdent au monde des ides. Dans la classe, je reste celui qui tablit les paramètres de la conversation et qui fixe les conditions de possibilit d’un discours scientifique, critique et rflexif. Je me dois d’inspirer, par mon propre comportement, la conduite d’un libre dbat, c’est-à-dire la discussion, l’expression de dsaccords et la lente mais sûre acquisition d’une comprhension partage des questions tudies. Je suis au premier chef responsable du respect qui doit s’installer entre nous toutes et nous tous.

Ma salle de cours, comme l’Universit, est d’abord et avant tout un lieu de libert. Je dois pouvoir y exprimer n’importe quelle proposition, n’importe quelle ide que je suis capable de dfendre rationnellement. J’accepte, en retour, de les exposer à la critique de tous ceux et celles qui participent avec moi à la conversation. Aucune n’est a priori exclue et c’est même la condition de la quête de vrit telle que je la conçois. Dans ma classe, le pluralisme idologique reste la première règle du jeu.

La seconde, tout aussi importante, est le respect de la dignit des uns et des autres. Nul n’a le droit d’insulter, d’invectiver ou d’humilier un autre interlocuteur. Les injures intentionnelles sont bannies d’entre de jeu, mais chacun et chacune doivent aussi être attentifs à l’effet imprvu, parfois insoupçonn, de leur propre discours sur les autres. Les mots peuvent raviver des blessures profondes, faire chavirer des trajectoires individuelles. Ils portent parfois le poids du racisme, du sexisme ou de la discrimination systmiques, encore prsents dans nos institutions. Mais dans ma classe, comme à l’Universit, chaque personne est responsable de ses mots et les choisit de manière à soutenir la confiance rciproque entre nous.

Je considère la parole universitaire comme libre. Aucun mot n’est interdit dans le contexte d’une recherche de la vrit et du juste. Aucun dogme, religieux ou sculier, ne saurait être soustrait à cette quête. Cette libert, qui exclut le manichisme et l’absolutisme, est le cœur de notre vie universitaire. Personne ne peut m’en priver. Mais elle ne doit pas occulter ma responsabilit individuelle, comme acteur du monde de l’enseignement suprieur, de rflchir à mes pratiques pdagogiques. Surtout, cette libert n’absout personne, tudiants et tudiantes ou enseignants et enseignantes, de la responsabilit de prserver les conditions de srnit et de dignit de nos dbats.

Voilà, sommairement expose, la raction que m’inspirent les controverses des dernières semaines. D’autres voix se feront entendre, je l’espère, dans la rflexion collective sur la libert d’expression que nous amorcerons prochainement à l’91³ÉÈË.

Daniel Jutras
Recteur