Chères et chers membres de l’Assemble universitaire,
Je suis reconnaissant de cette occasion qui m’est donne de vous prsenter ma rflexion sur l’tat de notre universit pour l’anne 2023-2024 et de vous parler des projets que nous devons mettre en œuvre afin de poursuivre notre dveloppement et atteindre de nouveaux sommets.
Ceux et celles qui sont attentifs à ce qui se passe autour de nous seront d’accord avec moi. Le monde a plus que jamais besoin des universits. Le monde a besoin de science, de perspective historique, de pense critique, de lieux de dialogue et de dbats sereins, de cration et d’imagination. Le monde a besoin des nouvelles gnrations qui s’panouissent chez nous et de leurs ides porteuses qui rinventeront la matière, les objets, les arts et les cosystèmes ainsi que les interactions humaines, politiques, sociales et conomiques.
Le monde a besoin de nous, même s’il n’en prend pas toujours pleinement conscience. Les ressources qui permettent aux universits de s’acquitter de leur mission ne sont pas toujours au rendez-vous. À l’heure qu’il est, nous continuons de plaider auprès des autorits fdrale et provinciale pour des rinvestissements majeurs en recherche, pour un meilleur soutien financier pour nos tudiants et nos tudiantes, particulièrement aux cycles suprieurs, et pour une formule de financement qui ramène les universits qubcoises là où elles devraient être sur le plan budgtaire.
J’ai confiance que nous tirerons notre pingle du jeu. Il suffit, pour s’en convaincre, de prendre quelques pas de recul. L’occasion m’en a t fournie il y a quelques semaines sous la forme de l’excellent ouvrage de la professeure mrite Micheline Cambron et de Daniel Poitras rcemment paru aux PUM, L’91łÉČË : une histoire urbaine et internationale.
C’est l’histoire de notre communaut qui est raconte dans ce livre. Une communaut qui, en presque 150 ans d’existence, a toujours fait preuve de dynamisme, d’engagement social, d’ouverture, de vision et de rsilience. Cette communaut s’est dmene pour dmocratiser la connaissance et l’accès Ă l’enseignement suprieur bien avant la Rvolution tranquille. Elle a introduit plusieurs innovations au Qubec, dont les premiers vaccins. Elle a construit de toutes pièces les rseaux internationaux qui ont port la science en français sur la scène internationale. Elle est monte au front d’une terrible pidmie de variole et de deux pandmies. Elle a largement contribu Ă faire de 91łÉČË aussi bien un terreau de l’innovation qu’une scène culturelle unique dans le monde. Au fil des pages, on redcouvre, avec fiert, une universit qui a particip activement Ă l’essor du Qubec tout en se renouvelant elle-mĂŞme pour s’inscrire dans son temps.
Le livre se termine pendant la pandmie de COVID-19 et nous sommes djà en train d’en crire le prochain chapitre. En appui à la socit qubcoise qui encaisse les contrecoups de la pandmie, nous avons entrepris un effort sans prcdent pour juguler les pnuries de main-d’œuvre en sant et en ducation. Hausse des cohortes en mdecine, microprogramme pour l’intgration en sciences infirmières, grades qualifiants et voie rapide en sciences de l’ducation, formation dcentralise en mdecine vtrinaire à Rimouski et en physiothrapie à Trois-Rivières : voilà une illustration de notre capacit de raction pour rpondre à des besoins en formation de plus en plus criants.
Devant l’urgence climatique, nous prenons nos responsabilits. En plus de notre engagement à retirer du Fonds de dotation de l’Universit les actions cotes en Bourse de compagnies actives dans le secteur des nergies fossiles, nous nous sommes dots d’un plan crdible de diminution des missions de gaz à effet de serre sur nos campus. Des efforts immdiats nous permettront de rduire nos missions de 20 % en 2025, un premier palier vers l’atteinte de la carboneutralit à l’horizon de 2040. Il y a encore beaucoup à faire en matière de dveloppement durable, mais il est rjouissant de constater le large rayon d’action de la communaut universitaire. Nous nous engageons dans la recherche sur la rduction des dchets alimentaires ou les enjeux ESG en finance, adoptons la collecte des matières compostables, mobilisons nos partenaires pour amnager le corridor cologique Darlington et remportons en chemin des honneurs comme le prix Leaders en mobilit durable 2023.
Parce que nous croyons que chaque personne doit pouvoir se reconnaître et s’panouir dans son parcours ducatif, nous poursuivons le processus d’ouverture et d’inclusion que nous avons entrepris en 2020 avec nos plans d’action en matière d’quit, de diversit et d’inclusion et de relations avec les Premiers Peuples. J’en profite pour saluer l’arrive d’une vice-rectrice associe aux relations avec les Premiers Peuples et la nomination à ce poste de la professeure Annie Pullen Sansfaçon, qui devient la première personne autochtone à intgrer la haute direction de l’Universit.
Enfin, pour former les professionnels, crateurs, chercheurs et citoyens de demain, nous nous sommes engags dans la voie de l’enrichissement des parcours universitaires. Quelques initiatives sont djà en cours et nous continuerons d’offrir des avenues qui sortent l’tudiant ou l’tudiante de son silo disciplinaire et qui misent sur la pense critique, l’engagement social, l’entrepreneuriat, la recherche et la cration et la mobilit internationale. Nous avons d’ailleurs prsent nos nouveaux parcours personnaliss RECI aux portes ouvertes de l’Universit cet automne.
Cette marche vers le renouveau pdagogique s’accompagne d’un effort collectif pour amliorer nos milieux d’tudes, de recherche et de vie. Vous le savez, vous le vivez : le campus de la montagne est en chantier. Même si nous faisons tout en notre pouvoir pour limiter les dsagrments, nous devons composer avec le bruit, la poussière et les entraves à la circulation.
Je suis conscient que la situation est loin d’être optimale pour un lieu vou à l’enseignement et à la recherche et je remercie de leur patience les membres de la communaut universitaire qui subissent au quotidien les inconvnients des travaux. Mais cela en vaut vraiment la peine et les travaux auront une fin. À partir de 2026, nous profiterons de laboratoires plus performants, de salles de cours renouveles, d’aires de vie tudiante plus conviviales, d’un nouveau centre de la petite enfance, d’une empreinte carbone rduite et de lieux plus accessibles à tous et à toutes.
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Depuis mon arrive à l’UdeM, il y a trois ans, j’ai souvent parl de l’importance que revêt l’enseignement dans la mission de notre universit. Je suis profondment convaincu que nos tudiantes et nos tudiants mritent ce qu’il y a de mieux à ce chapitre; convaincu que nous devons maintenir nos efforts pour leur offrir une exprience de classe mondiale dans tous les lieux d’apprentissage, convaincu que nous devons continuer d’innover dans l’laboration de programmes pertinents qui redessinent les frontières disciplinaires; profondment convaincu aussi que nous avons fait le bon choix en abordant la formation à distance de manière nuance, en exprimant notre dtermination à ne pas dmatrialiser l’universit. Le travail se poursuit sur ce terrain.
Mais aujourd’hui, j’aimerais amorcer avec vous une discussion sur la recherche. Le plan stratgique que nous avons adopt ensemble affirme notre volont de devenir l’universit de langue française la plus influente dans le monde. Indubitablement, la recherche constitue et constituera toujours l’un des premiers vecteurs de notre influence. L’quation est simple : pour accroĂ®tre sa capacit d’agir sur le monde, pour devenir une universit d’influence et servir le bien commun Ă la hauteur de ses capacits, l’91łÉČË doit se maintenir dans le peloton de tĂŞte des grandes universits de recherche. Nous y arriverons si chaque membre de notre communaut s’inscrit dans une culture d’excellence et du dpassement de soi. Et nous y parviendrons si nous en faisons un projet vritablement collectif et collaboratif.
Y sommes-nous djĂ ? L’91łÉČË est-elle, en 2023, une grande universit de recherche?
La rponse semble vidente. Au premier regard, nos succès clatants des derniers mois tmoignent que l’Universit est, au sens fort, une universit de recherche. Nous connaitrons bientĂ´t les rsultats du dernier concours du Programme des chaires d’excellence en recherche du Canada. Ce programme, le plus prestigieux des trois conseils subventionnaires, vise Ă recruter au Canada des chercheuses et chercheurs Ĺ“uvrant Ă l’international et reconnus pour la qualit exceptionnelle de leur programme de recherche. J’ai bon espoir que l’91łÉČË se distinguera encore Ă ce concours. Autre exemple : en avril dernier, nous avons obtenu la mère de toutes les subventions scientifiques canadiennes, soit 124,5 M$ du Fonds d’excellence en recherche Apoge Canada, pour la mise en Ĺ“uvre du programme en intelligence artificielle IAR3. C’est la plus importante subvention de l’histoire de l’91łÉČË. Elle soutient djĂ un vaste programme de recherche collaboratif qui est pilot par IVADO et qui confirme la position centrale de l’Universit dans l’cosystème de l’intelligence artificielle. En 2022, c’est l’Institut Courtois que nous avons cr grâce Ă un don de 159 M$ de la Fondation Courtois, le plus gnreux jamais vers au pays pour la recherche en sciences naturelles.
Il n’est donc pas tonnant que notre universit se classe au quatrième rang des tablissements universitaires de recherche canadiens sur la base de revenus de recherche annuels de 682 M$, en considrant l’apport de nos coles affilies Polytechnique 91łÉČË et HEC 91łÉČË. Nous nous dmarquons aussi parmi les universits francophones dans tous les grands classements internationaux, qui sont en bonne partie tablis selon des performances en recherche.
Maintenant, est-ce que cela suffit pour ĂŞtre une grande universit de recherche?
Je ne doute pas que la quĂŞte du savoir et la passion de la dcouverte animent chaque membre de notre communaut. Mais cet amour du savoir se traduit-il par une relle culture de la recherche partout Ă l’91łÉČË, dans tous les aspects de sa mission? La recherche percole-t-elle comme elle le devrait dans ce que nous enseignons au premier cycle? Transmettons-nous la passion de la recherche Ă nos tudiants et tudiantes? Et si nous ne pouvons rpondre par un oui affirm et confiant Ă toutes ces questions, quelle dmarche pouvons-nous mettre en Ĺ“uvre pour implanter au sein de notre communaut une vritable culture de la recherche?
D’abord, je l’ai djĂ dit dans d’autres forums, je crois qu’il faut faire de la recherche un signe distinctif de l’exprience d’tudes Ă l’91łÉČË. Vous me direz qu’avec plus du quart de nos tudiantes et tudiants inscrits aux cycles suprieurs, l’une des proportions les plus leves au Canada, c’est djĂ le cas. Mais dans une grande universit de recherche, c’est l’ensemble des tudiantes et des tudiants, y compris du premier cycle, qui devraient ĂŞtre exposs aux ralits de la recherche et aux nouvelles ides qui en mergent. Toute personne devrait dans son baccalaurat vivre au moins une vritable exprience de recherche. Si nous voulons susciter des vocations, notre population tudiante du baccalaurat doit au moins goĂ»ter au sel de la recherche.
La recherche est une activit foncièrement internationale et le parcours de formation aux cycles suprieurs devrait l’être tout autant. Nous sommes l’91łÉČË et du monde; frquenter notre tablissement doit devenir synonyme de frquenter le monde. Cela veut dire multiplier les contacts avec des collègues tudiants et des professeurs de l’extrieur du pays; inscrire nos tudiants et tudiantes dans les grands rseaux universitaires par l’entremise de cotutelles de thèse, de stages ou de sjours d’tudes et de recherche Ă l’tranger; organiser sur nos campus des confrences d’envergure, quitte Ă les assortir d’une participation virtuelle pour rduire notre empreinte carbone. Les nouvelles units que nous avons cres cette anne, UdeM international et UdeM français, nous accompagneront dans cet essor vers l’international et l’intgration des tudiants-chercheurs et des tudiantes-chercheuses allophones.
Au-delà des mesures que nous pouvons appliquer sur nos campus, il est primordial que l’Universit se fasse voir et entendre dans les grands forums de la recherche. Nous continuerons d’occuper les terrains sur lesquels l’Universit peut assumer un leadership. La science en français, les liberts universitaires, la responsabilit en recherche, l’quit en recherche, l’accès libre aux publications savantes, la recherche-cration, l’approche Une seule sant et l’intelligence artificielle responsable au service du bien commun sont autant de thèmes qui suscitent un intrêt autour de l’Universit, des thèmes qui font appel à nos forces et sur lesquels nous avons des expriences à partager.
Ces dmarches que je viens d’numrer ont toutefois leurs limites. Nous ne pouvons pas tout rgler à l’chelle institutionnelle. Une part de la responsabilit lie à l’instauration d’une vritable culture de la recherche incombe aux membres de nos communauts professorale, tudiante et postdoctorante et au personnel hautement qualifi d’une part sur le plan individuel et d’autre part de façon collective pour en faire un projet collaboratif.
À l’chelon individuel et des quipes, je pense en particulier aux demandes de subvention. Je sais bien que le nombre de demandes de subvention rejetes en dcourage parfois plus d’un de participer aux concours des conseils subventionnaires. Et que la prsentation d’une demande n’est pas une sincure. Nous savons aussi que le Canada est à la traîne dans le financement de la recherche, comme l’a redit avec force le doyen Frdric Bouchard dans son Rapport du Comit consultatif sur le système fdral de soutien à la recherche. Tout cela n’incite guère à rpondre prsent quand s’ouvrent les concours subventionnaires.
L’quipe de direction est à regarder de près les donnes sur les demandes de subvention et nous poursuivrons ce travail dans les prochains mois avec les quipes dcanales. Deux constats gnraux semblent toutefois se dgager des premières analyses et mriteront d’être creuss.
Premier constat : le nombre de demandes de subvention soumises aux grands conseils subventionnaires fdraux par nos professeurs et professeures est en diminution.
Deuxième constat : le taux de succès de nos demandes de subvention est bon. Pour certains concours, il est même meilleur que les rsultats pancanadiens. L’excellence de nos chercheurs et chercheuses n’est pas en cause. Un nombre moindre de demandes de subvention signifie toutefois moins de subventions pour l’Universit. Le rsultat est que la part globale du financement de la recherche dans notre universit diminue par rapport aux autres universits canadiennes.
J’en conclus que nous avons des occasions à saisir pour enrichir le savoir avec notre regard distinctif sur le monde. Il y a là un rel potentiel de dveloppement pour l’Universit. La recherche finance engendre un cercle vertueux au sein d’une universit. Les retombes se calculent en publications scientifiques, en citations par les pairs, en colloques, en congrès, en invitations à participer à des groupes de recherche, en visibilit pour un dpartement. Au final, on obtient des gains d’influence pour l’tablissement. Plus de financement, c’est plus de notorit pour nos chercheurs et chercheuses. Plus de financement, c’est l’assurance d’avoir des champions et championnes de la recherche qui sont en mesure de porter des projets interdisciplinaires structurants pour l’ensemble de notre universit. Plus de financement, c’est la promesse de mobiliser les travaux de nos chercheurs et chercheuses au service de l’humanit. Plus de financement, enfin, c’est un moyen sûr et efficace de renforcer notre capacit d’attirer et de retenir des tudiantes et tudiants aux cycles suprieurs. Et de consolider, pour l’avenir, leur propre capacit de contribuer à la recherche, à la cration et à la dcouverte.
Personne ne devrait être laiss à lui-même dans cet effort d’accroissement des ressources ncessaires pour faire avancer la recherche. À l’chelle facultaire ainsi qu’au Bureau Recherche-Dveloppement-Valorisation, des quipes se mettent au service des chercheurs et chercheuses. Le Bureau est là pour vous aider à trouver les sources de financement et pour vous conseiller dans la rdaction des demandes. Son fonctionnement a t rvis pour s’assurer que toutes les quipes de recherche, de la plus modeste à la plus vaste, reçoivent l’attention requise pour l’laboration du meilleur programme de recherche. En recherche, chaque succès compte et c’est la somme de tous nos efforts et de toutes nos dcouvertes, grandes et petites, qui dterminera notre influence positive sur le monde. Et si vous remportez un concours, le Bureau vous accompagnera dans l’administration des sommes accordes. Mais au-delà de ces structures tablies, une culture collaborative de la recherche doit se manifester aussi dans le mentorat, dans la gnrosit des collègues qui lisent les demandes de subvention avec un œil critique, dans les discussions animes autour d’un lunch dpartemental à propos des projets en dveloppement, dans la volont manifeste de s’entraider pour porter toutes les carrières à l’chelon suprieur, cet chelon où les chercheurs et chercheuses dfinissent les contours de leur discipline dans le dialogue plantaire.
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Le financement de la recherche et des tudes suprieures est un vecteur essentiel, mais il y a aussi d’autres fronts sur lesquels nous devrons agir pour maintenir l’UdeM dans le peloton de tĂŞte des grandes universits de recherche. Il faudra par exemple s’intresser Ă la persvrance et Ă la dure des tudes Ă tous les cycles; optimiser nos plateformes de recherche; continuer de soutenir la diffusion de la science en français; aplanir les obstacles bureaucratiques et chronophages; s’assurer que les chercheurs et chercheuses portent fièrement et explicitement leur affiliation Ă l’91łÉČË, partout et toujours.
Mais on en reviendra toujours à ce constat : dans une grande universit de recherche, chaque personne, qu’elle soit professeure, tudiante, membre du personnel de recherche ou de soutien, s’inscrit dans une culture du dpassement, individuel et collectif, anime par la passion.
C’est dans cette passion pour le savoir, cette passion pour la recherche qu’une universit aux dbuts modestes a puis l’nergie ncessaire pour devenir la plus grande universit de langue française en Amrique. Nous sommes hritiers et hritières d’une communaut savante qui a rpertori la flore laurentienne, dcouvert les mcanismes du stress, mis au point le premier traitement de la maladie de Parkinson et publi ce qui est considr comme le plus important recueil de posie de l’après-guerre, L'homme rapaill, de Gaston Miron. Plus rcemment, notre communaut a donn au monde les premières images d’exoplanètes, la cryptographie quantique, de nouvelles traductions de Platon, l’apprentissage profond et tant d’autres dcouvertes, tant d’autres ides, tant d’autres solutions innovantes et analyses clairantes.
J’en appelle à cet hritage.
Ă€ nous maintenant de faire en sorte que ce trait identitaire de l’91łÉČË devienne manifeste au sein de toutes les quipes et Ă tous les cycles d’apprentissage. Ă€ nous de faire de notre tablissement un modèle de grande universit de recherche innovante, crative, francophone et engage tant Ă l’chelle locale qu’à l’chelle internationale.
Je vous remercie pour votre attention.