Je reproduis ici la lettre d’opinion que je signais samedi dernier dans et aujourd’hui dans le .
La semaine dernière, le gouvernement ontarien de Doug Ford a invoqu le dficit budgtaire pour abandonner le projet d’Universit de l’Ontario français (UOF) et liminer le Commissariat aux services en français. Après tout, il y a aussi des Chinois en Ontario et on ne leur construit pas une universit, a plaid M. Ford.
La dcision a soulev l’indignation dans la francophonie canadienne et a t accueillie dans l’indiffrence par les commentateurs anglophones, pourtant jamais à court de mtaphores outrancières pour amalgamer tout geste d’affirmation du Qubec français à une attaque contre nos minorits. Cette controverse est un condens de la psych canadienne du 21e siècle. Que reste-t-il en effet de la dualit originelle du Canada à l’ère de la diversit multiculturaliste? Et comment peut-on soutenir la culture francophone si on la prive d’assises solides? En fait, cette dcision porte un dur coup à l’idal de la recherche et de la transmission du savoir en français.
L’91³ÉÈË, qui, avec ses quelque 67 000 tudiants, est le vaisseau amiral de l’enseignement universitaire en français en Amrique du Nord, s’tait rjouie à l’annonce du projet d’une universit ontarienne francophone. Le pari tait audacieux. Crer une universit. C’est djà un projet colossal. Crer une universit de langue française dans une province où les francophones reprsentent 4,1 % de la population (selon le recensement de 2016), c’est à la fois un formidable pied de nez à la loi du nombre et un tonitruant plaidoyer en faveur de la dualit linguistique canadienne.
Mais en pratique, comment, avec un si petit bassin d’tudiants, attirer des professeurs et des chercheurs de renom, comment obtenir les homologations dans les nombreux programmes norms, comment financer des quipements de pointe, comment asseoir sa rputation pour que les diplômes de cette universit soient pour leurs titulaires un passeport pour l’avenir?
Nous aurions pu mieux travailler avec les instigateurs de ce projet dès le dbut, crer un partenariat, pourquoi pas des corridors entre cette universit de l’Ontario français et des universits qubcoises. Ce projet aurait pu être le premier maillon d’une sorte de continuum d’enseignement universitaire en français au Canada.
Nous voici plutôt devant un rendez-vous manqu. Ou peut-être pas tout à fait. J’ai eu l’occasion de m’entretenir cette semaine avec le recteur de l’UOF, Normand Labrie, et lui ai offert mon soutien. Si l’UOF devait prendre son envol sous une nouvelle forme, nous pourrons être à ses côts. Parce que nous croyons profondment au rôle structurant qu’une universit joue dans sa communaut et que nous sommes convaincus de l’importance de favoriser l’essor des connaissances en français.
La dualit canadienne n’est pas du folklore. Ce serait une erreur de le croire. Cette cohabitation agite et ingale entre le français et l’anglais, avec tout ce qui s’y rattache – catholicisme ou protestantisme, code civil ou common law – demeure la pierre d’assise du Canada. Comment ne pas voir dans cette appartenance fondatrice à deux des grandes civilisations de l’histoire l’explication de la position canadienne? Ce pays rput pour son ouverture, sa tolrance, ses valeurs sociales, cette europanit nord-amricaine, tout cela est le fruit de la dualit originelle. Le Canada est le seul pays au monde dont le patrimoine mêle Shakespeare et Hugo. C’est une richesse au plan culturel, social et conomique mais galement au plan scientifique. Nous sommes issus de ces courants. Le moment est peut-être venu de reconnaître cette richesse et de la raviver.