À mon initiative, l’91³ÉÈË est actuellement engage dans une large rflexion sur les modifications qu’elle pourrait apporter à son mode de fonctionnement. L’objectif : faire mieux et plus efficacement en enseignement et en recherche. Les membres de notre communaut sont en ce moment même consults pour orienter les discussions quant à l’avenir de notre tablissement. L’91³ÉÈË doit se transformer. Non parce qu’elle va mal, mais parce qu’elle pourrait faire mieux ce qu’elle fait djà très bien.
Je ne vais pas entrer dans le dtail de cet exercice de , qui relève en partie de l’administration interne. Pour quelqu’un de l’extrieur, il est certain que les rflexions que nous menons peuvent paraître bien abstraites, que ce soit sur le soutien aux tudiants, sur notre place en recherche ou sur la rpartition des programmes d’tudes. Pour ne rien dire de la sempiternelle question de l’interdisciplinarit, qui est invoque dans toutes les universits.
L’interdisciplinarit! Parlons-en. Le mot lui-même a quelque chose de rbarbatif, même pour des universitaires. L’appel à ce concept vient souvent confirmer, malheureusement, un prjug tenace dans la population sur le caractère byzantin des dbats qui se tiennent sur nos campus.
Et pourtant. Derrière le concept, il y a une ralit qui a beaucoup plus de prise sur notre monde qu’on ne pourrait le croire.
Quand je veux vulgariser ce que cache vraiment l’interdisciplinarit, je prends souvent l’exemple d’Albert Einstein, le père de la relativit gnrale dont on clèbre cette anne le 100e anniversaire. La plupart de ses biographes considèrent en effet que, s’il est parvenu à laborer sa fameuse thorie, c’est en bonne partie parce qu’il n’enseignait pas à l’universit. Vous avez bien lu.
Ce qu’il faut comprendre, c’est que, au tournant du 20e siècle, l’universit europenne tait construite justement sur des murs disciplinaires qu’il n’tait pas ais de franchir pour un professeur. Des murs qui pouvaient exister à l’intrieur même d’une discipline, comme la physique, un domaine très camp au moment où Einstein entreprend ses travaux. Dans le coin droit, il y avait la physique des corps (M); dans le coin gauche, la physique de l’nergie (E). Et les deux ne se parlaient pas, pour ainsi dire. Je caricature, mais à peine.
C’est le gnie d’Einstein d’avoir tabli un pont au-dessus du foss qui sparait ces deux façons de voir le monde. Il est difficile d’imaginer de nos jours ce qu’il a fallu d’audace thorique pour mettre un signe d’galit entre E et M. Pour en arriver à une formule comme E=MC2, il fallait penser vraiment out of the box, comme on dit en anglais.
De cet pisode capital de la vie scientifique moderne, l’universit a tir quelques leçons. Elle a retenu notamment qu’il vaut mieux encourager le croisement des disciplines. Et que l’innovation naît du choc des savoirs plutôt que de leur fragmentation. Voilà pourquoi les universits de partout sur la planète cherchent des manières de relier les disciplines entre elles. Ou, à tout le moins, de rendre de tels mariages disciplinaires possibles.
Ah oui, j’allais oublier. L’universit a tir une autre leçon de la lgendaire quation. Elle a engag Einstein comme professeur : Princeton lui a ouvert grandes ses portes dès les annes 30. Et depuis, le monde universitaire a donn à la physique des moyens qui nous permettent aujourd’hui de dtecter les ondes gravitationnelles, comme on l’annonçait il y a quelques semaines!