91³ÉÈË

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91³ÉÈË

Mathieu Seppey

J’ai toujours t sensible aux ingalits sociales. Après un baccalaurat en science politique et une maîtrise en sant publique et dveloppement international, j’ai t cooprant pour diffrentes organisations non gouvernementales. J’ai travaill à un programme pour les personnes atteintes du VIH au Togo et pour un organisme qui lutte contre la violence base sur le genre en Eswatini. Cette exprience m’a fait raliser que l’aide humanitaire ne pouvait pas être la seule solution. C’est ce qui m’a dcid à faire un doctorat en sant publique. Mon parcours de formation est aussi li à ma vie personnelle : j’ai fait mon coming out assez tard et, à partir de ce moment-là, je me suis intress aux questions LGBTIQ+.

Sur quoi portent vos recherches?

Mon projet doctoral porte sur la gouvernance mondiale et son influence sur la sant des populations LGBTIQ+ dans quatre contextes : le droit international, les politiques de l’Organisation des Nations unies, la diplomatie canadienne et l’aide humanitaire. L’objectif est de dterminer quelles pratiques sont prjudiciables et comment on peut les transformer. Par exemple, certains organismes humanitaires distribuent de la nourriture aux mères de famille. En procdant ainsi, ils excluent les couples gais et les lesbiennes qui ne sont pas accompagnes d’un homme. C’est sans compter les personnes trans, qui n’oseront tout simplement pas se prsenter. Les normes cishtronormatives sont prsentes partout dans notre socit et se reflètent dans les politiques. Les membres du personnel des instances gouvernementales ou diplomatiques ou des organisations d’aide humanitaire ne comprennent pas toujours la distinction entre le sexe, le genre et l’orientation sexuelle. Il faut donc revenir à la base et dconstruire certaines ides : ainsi, une famille n’est pas uniquement un homme, une femme et des enfants.

Quels sont les dfis et les occasions qu’offre la recherche sur les questions 2ELGBTQIA+?

On n’a qu’à regarder ce qui se passe chez nos voisins du Sud pour constater un recul des droits des personnes LGBTIQ+. L’instrumentalisation politique de ces communauts contribue à un malaise qui s’observe aussi au Canada. Cela dit, on a la chance de vivre dans un pays qui est perçu comme un leader de l’inclusivit et qui peut avoir une influence sur ce qui se passe sur la scène internationale. Ainsi, dans une tude de cas, j’ai remarqu les retombes positives qu’avaient des politiques internationales canadiennes d’embauche inclusive : pour les populations locales, un emploi au gouvernement canadien est considr comme un refuge contre la discrimination. Grâce à ce genre de prise de position, les gouvernements peuvent crer des espaces plus scuritaires pour les personnes appartenant aux communauts LGBTIQ+ et rellement amliorer leur situation tant ici qu’à l’tranger.

Comment les universits peuvent-elles contribuer à un monde plus inclusif à l’gard de la diversit?

Pendant mon parcours universitaire, les questions LGBTIQ+ ont t très peu abordes et j’ai dû me former moi-même en faisant mes propres lectures. Il faut parler davantage de ces populations et cela vaut pour d’autres sous-groupes, comme les femmes, les peuples autochtones et les personnes racises ou en situation de handicap. À l’ESPUM [École de sant publique de l’91³ÉÈË], des efforts sont faits pour aborder ces questions et des membres du corps professoral traitent maintenant de sujets comme le chemsex [relation sexuelle avec consommation de drogue de synthèse] ou les « thrapies de conversion ». Il faut ouvrir le dialogue et s’interroger sur ce que vivent ces communauts à travers des lectures, des confrences, etc.

Qu’est-ce qui vous donne espoir?

Au dpart, j’avais moi-même une vision victimaire des communauts LGBTIQ+. Mes recherches m’ont permis de dconstruire cette prconception. J’ai pris conscience que ces personnes taient prsentes partout, peu importe le pays, la situation ou l’organisation. Même si elles ne s’affichent pas toujours, elles font voluer les mentalits grâce à des actions concrètes. Je trouve ça très inspirant et rassurant.

Que diriez-vous aux jeunes qui souhaiteraient suivre vos traces?

On a besoin de vous! La diplomatie queer est un champ de recherche mergent et il y a une norme place à prendre. Ce sont des questions importantes : il faut crer des ponts et convaincre qu’il est bnfique d’inclure la diversit. C’est un effort collectif : on a besoin de la relève et de nouvelles ides pour faire avancer les choses.